Rubrique syndicale

Les syndicats sont-ils utiles ou nuisibles?

Entrevue avec Jean-Noël Grenier, professeur au Département des relations industrielles de l'Université Laval

Pour beaucoup de personnes, la seule énonciation du mot syndicalisme renvoie à des sentiments négatifs. Spontanément en effet, plusieurs pensent à des négociations difficiles menées par des représentants syndicaux vindicatifs bien décidés à ne pas lâcher le morceau face à l’employeur. Cette vision de «faiseurs de troubles» accolée aux syndicalistes auprès d’une bonne partie de la population, le professeur au Département des relations industrielles Jean-Noël Grenier la retrouve dans une moindre mesure jusque dans ses classes, où il enseigne notamment les négociations collectives.

 

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«Je n’irais pas jusqu’à dire que mes étudiants sont contre les syndicats, mais une chose est certaine, ils manquent d’information, explique-t-il. À Québec, on a développé une mauvaise image du syndicalisme et les radios d’opinion ne sont pas étrangères à cette situation.  Par exemple, en période de négociations, les médias mettent souvent l’accent sur les conflits, les menaces de grève, sur les aspects qui frappent l’imagination, en somme.

Or, sur les 1800 conventions collectives renouvelées au Québec par année, il n’y a en fait qu’une quarantaine de conflits. Sauf que pour les médias, il n’y a rien à montrer ou à dire lorsqu’une convention collective se conclue dans la paix.»  

Par ailleurs, ajoute Jean-Noël Grenier, les étudiants occupent bien souvent des emplois non-syndiqués et ils se font dire par l’employeur que l’implantation d’un syndicat dans l’entreprise pourrait entraîner sa fermeture. On crée ainsi tout un contexte dans lequel le syndicalisme est vécu défavorablement.

 

Ne pas être seul

Pour paraphraser le titre du célèbre monologue d’Yvon Deschamps, « Les unions qu’ossa donne? », les syndicats, qu’est-ce que ça donne au juste? Beaucoup d’avantages dans la vie d’un employé, répond sans ambages Jean-Noël Grenier. La plus importante est certainement de voir ses droits défendus collectivement par des représentants syndicaux qui parlent en notre nom avec l’employeur. Être membre d’un syndicat signifie ainsi qu’on n’est pas seul en cas de problème. Sans compter que la présence d’un syndicat dans une entreprise permet d’enchâsser de nouvelles valeurs dans les conventions collectives, comme le harcèlement psychologique au travail, pour ne citer que cet exemple.

 

S’il veut que les actions du syndicat reflètent ses aspirations, il est toutefois primordial que le membre soit actif au sein de son syndicat, d’insister Jean-Noël Grenier. C’est en participant aux assemblées syndicales - et non en restant à l’écart de ce type d’activités en se disant que cela ne le concerne pas -  que le membre pourra élire des représentants véritablement connectés avec ses besoins. Ajouté au fait que ces assemblées constituent une excellente tribune pour s’exprimer sur ses conditions de travail, pourquoi ne pas prendre quelques heures de son temps pour y assister?

Cela dit, souligne Jean-Noël Grenier, «il y a un ménage à faire, une façon de repenser l’organisation des assemblées», où il arrive bien souvent que le membre ne se sente pas concerné par les échanges et discussions portant  sur les statuts et les règlements, en même temps qu’il se demande à quel moment on parlera de ses conditions de travail et de sa réalité de travailleur. D’où l’importance de s’attacher à mieux connaître les préoccupations des membres, insiste le professeur.

 

Sur l’APAPUL proprement dite, Jean-Noël Grenier croit que l’Association possède le grand avantage d’être géographiquement près de ses membres. S’il estime important que les gens fassent l’effort de participer aux assemblées, l’homme pense également que rien n’empêche l’APAPUL de se rapprocher de ses membres. D’ailleurs, l’un des moyens qu’il préconise est de développer «un système de délégués» plus présents sur les lieux de travail. «Au lieu que la personne membre vienne le voir, pourquoi le représentant n’irait-il pas à sa rencontre sur le terrain? suggère-t-il. Ce sont des gestes qui font partie de la qualité d’une organisation syndicale. Je crois aussi que les organisations syndicales devraient se mobiliser pour quelque chose et non contre.»